Benjamin Hoffmann

American Pandemonium

Marc et Colin vivent de nos jours aux États-Unis lorsque Israël et l'Iran entrent en guerre. Irrésistiblement, le monde est pris dans un engrenage militaire aux conséquences apocalyptiques. Un bombardement frappe New York et le chaos se répand à travers le pays. Colin part à la recherche de son frère, dont il ignore s’il est encore en vie, accompagné par Marc, un auteur persuadé de tenir le sujet du grand livre qu'il n'est jamais parvenu à écrire. Leur quête les mène dans une communauté assiégée au sud de Boston puis dans les ruines de Détroit où ils sont enlevés par les bâtisseurs du Béhémoth, une machine colossale dont ils veulent faire l'instrument de leur domination sur ce qui reste des États-Unis… American Pandemonium est une fresque sur l'Amérique ravagée par la guerre, une réflexion sur les médias, le terrorisme et le pouvoir de la fiction. C'est notre monde actuel au bord du précipice qui est ici raconté de manière fascinante.

Quand je pense à American Pandemonium, les premières images qui me viennent à l'esprit sont les souvenirs que je garde du désert du Nevada. En 2008, j'ai voyagé dans cette partie des États-Unis et rejoint Los Angeles depuis Las Vegas. La traversée du désert, ce changement progressif du paysage qui passe de l'aridité totale à des espaces de plus en plus verdoyants, presque édéniques à mesure qu'on s'approche de la Californie, m'a beaucoup frappé, affecté, c'était un peu comme passer du chaos à la civilisation. Quelques temps plus tard, en prenant l'avion depuis San Francisco pour retourner sur la côte-est, j'ai fait escale à l'aéroport de Chicago et c'est là, entre deux avions, que j'ai commencé à jeter sur le papier mes premières idées pour ce livre qui allait paraître bien des années plus tard sous le titre American Pandemonium.

J'avais envie de raconter une histoire d'errance à travers le continent américain, après une catastrophe à ce point terrible qu'elle aurait ravagé le pays. Au début, j'avais en tête l'image d'un homme seul, marchant dans le désert que je venais de traverser, mais je ne savais ni où il allait, ni pourquoi il se trouvait là… Un ami m'a fait découvrir à cette époque La Route de Cormac McCarthy, un livre pour lequel j'ai beaucoup d'admiration car en adoptant un genre qui appartient à la culture populaire – le « post apocalyptique » – McCarthy parvient à écrire de la très grande littérature dans un style superbe. Pour moi, La Route a tracé le chemin !

Depuis des années, je m'imprégnais de l'univers que l'on trouve développé dans des films comme Mad Max et des jeux vidéos comme la série Fallout… En même temps, je ne voulais pas écrire un roman de science-fiction et raconter une énième histoire de zombies, de catastrophe nucléaire ou de pandémie… Ce qui m'intéressait, c'était d'écrire une histoire profondément ancrée dans notre époque, qui traiterait de thèmes comme le terrorisme et les médias, mais placée dans un futur très proche qui ne serait pas exactement notre réalité. Ce léger déplacement m'a donné une liberté absolue et m'a permis de m'abstraire de l'Histoire : j'ai voulu décrire le monde qui deviendrait le nôtre au bout de quelques semaines à peine si un certain nombre de circonstances venaient à se mettre en place pour lui donner naissance. Il ne me restait plus qu'à raconter les aventures des nombreux personnages qui se sont peu à peu invités dans mon récit et à vivre celle de l'écriture, avec ses rebondissements, ses coups d'arrêt et ses moments d'exaltation. Au fond, American Pandemonium est ma tentative pour écrire un roman américain en français…

© B. Hoffmann 2015